mardi 1 novembre 2011

Halloween, fake or not fake ?


Je sais pas vous, mais de mon côté, l'approche d'Halloween ne provoque strictement aucune excitation. On me rétorquera sans doute que j'ai passé l'âge, mais à vrai dire, j'en ai jamais eu grand chose à cirer. Au fil des ans, le constat semble gagner en conviction au point de s'imposer comme une évidence : le sacro-saint 31 octobre, attendu outre-Atlantique par des millions de marmots zombifiés pour l'occasion, ne fait guère rêver dans l'Hexagone. Du coup, l'opportunité était rêvée pour prendre la température, histoire de confirmer ou d'infirmer mon opinion. Où en est la côte de popularité d'Halloween chez nous ? Je me suis rendu dans les rues de Besançon, pour une virée nocturne. En quête, non pas de friandises et autres farces enfantines, mais animé par l'espoir solide de rencontrer des fans authentiques de la fête des morts.

Pas question de jeter un sous dans cette machine commerciale : costumes et maquillages home-made

Immersion : mes premiers pas dans l'univers fantasmagorique

Bruno, un grand gaillard solidement bâti m'accompagne pour l'occasion, histoire d'être plus à l'aise avant d'aborder les divers groupes de morts ressuscités. Et puis, on ne va pas se mentir plus longtemps, il faut bien être au moins deux afin que les effrayants ne deviennent effrayés à l'idée qu'un seul type puisse passer toute sa soirée à déambuler dans l'unique but de trouver des réponses à ses interrogations farfelues.
Étonnamment, il n'a pas fallu se faire prier pour rencontrer au premier coin de rue des zombies au maquillage sanguinaire et aux vêtements tout en lambeaux. Ne sachant pas trop où les festivités se déroulent, on décide de suivre un groupe de cinq ou six personnes, choix déterminé par la proéminence de la hache que le mec trimballe le long de son corps. Ils se dirigent en direction de Battant, depuis la Place du 8 Septembre. C'est à mi-chemin et empreint d'une certaine timidité, que j'alpague sur un ton faussement naturel le bûcheron mort-vivant. L'échange est bref et le mec me confie avec un détachement remarquable qu'il n'est là que pour une seule raison : se prendre une grosse murge.
De manière sous-jacente, je comprends que le déguisement n'est qu'un prétexte pour picoler comme un trou sans aucune gène. Plus précisément, sans aucune honte. J'ai l'impression qu'à ce moment précis, par son aveu, toute la dimension sociale de l'évènement se joue, en toute discrétion. Que des milliers de jeunes descendent dans la rue pour se la coller la vieille de la Toussaint, fête catholique largement célébrée en France et symbolisée très concrètement par un jour férié, relève d'une certaine immoralité intériorisée. En revanche, emprunter une fête folklorique anglo-saxonne, exclusivement réservée à cette veille, et qui veut que tout un chacun se déguise pour célébrer, est une sacrée parade et un habile détournement pour que l'alcool coule à flot. Le raisonnement est simple: Halloween, c'est la fête et, en l'honneur, on se saoule.
D'ailleurs, rare seront les groupes que je croiserai sans bouteilles à la main et, parmi ceux qui n'en ont pas, ils me concèderont pour la plupart, fièrement ou plus timidement, se rendre dans certains bars précis, qui profitent du moment pour amasser un peu plus de blé qu'un lundi soir ordinaire. Au final, les rues sont pleines, le nombre de sorcières, zombies et autres vampires est imposant, mais ne nous le cachons pas, seule la tranche générationnelle 15-25 ans erre dans les rues en quête d'ivresse.

Le rôle des réseaux sociaux

Avec les réseaux sociaux, la rengaine commence à devenir aussi fréquente que le refrain d'une chanson. Un utilisateur créé un event numérique, il suffit que cela branche un peu de monde qui se charge de relayer l'information et un événement purement virtuel se transforme en manifestation bien réelle. Si l'on savait déjà que Facebook s'était bel et bien inscrit parmi les mœurs sociales, on constate qu'il empiète encore un peu plus dans nos vies de manière concrète. L'organisation de ces évènements n'est pas sans rappeler les apéros facebook, très controversés en raison des problèmes d'alcool qu'ils ont entraînés.
Ainsi, bon nombre de personnes croisées m'ont avoué que quelques heures encore auparavant, elles étaient vierges d'Halloween. Une grande partie des fêtards ont eu vent de la Zombie Walk, un défilé déguisé organisé sur Facebook. C'est par exemple le cas de Blandine, 23 ans et sa bande de potes, qui n'avaient jusqu'à présent jamais participé à la fête. Sans le site communautaire, il est fort probable que l'effectif présent ce soir-là ait été grandement réduit. Une brève discussion laisse rapidement entrevoir que les néophytes sont reconnaissables par leur culture sommaire en la matière.

La plus vraie des fausses fêtes

Au final, les rues étaient inhabituellement pleines et un nombre important de personnes s'est mobilisé pour une modeste ville de province. Malgré tout, on s'aperçoit vite qu'il manquait un rouage essentiel à ce grand ensemble humain : la magie. Hormis quelques irréductibles fervents, les gens s'en tamponnent le coquillard d'Halloween. La génération 15-25 ans se déguise parce qu'il faut bien se l'avouer, ça sort de l'ordinaire et c'est marrant d'incarner un personnage mi-vivant, mi-mort, l'espace d'une soirée. Outre les déguisements, c'est le sentiment d'un immense vide occupant l'atmosphère qui prédomine.
L'ambiance culturelle d'une fête si populaire dans la majeure partie des pays anglophones est totalement absente chez nous. Halloween semble être magnifiquement vivant aux États-Unis, au Canada, dans les Iles Britanniques et même en Australie parce qu'elle concerne tout le monde. C'est une fête chargée de codes et de symboles traditionnelles tels que la citrouille creusée, les déguisements horrifiques et le porte-à-porte des enfants qui jurent de jeter un mauvais sors à quiconque ne leur octroie leur dû. A ce titre, j'ai croisé très peu d'enfants lancés dans une odyssée nocturne où les sucreries sont synonymes de trésor ultime comme le Saint-Graal le fût jadis pour quelques preux chevaliers.
En outre, j'aimerais simplement émettre le souhait qu'on se détache de quelques fous du marketing qui rêveraient d'uniformiser toutes les cultures à des fins commerciales. Halloween est bien présent en France mais très tristement, alors par pitié, qu'on rende à César ce qui appartient à César.

Aurélien B. 

1 commentaire:

  1. Sujet ô combien intéressant que celui du choc des cultures, du mondialisme qui s'importe au seul profit du marketing et de la consommation outrancière de nos sociétés occidentales, et la grande question est fort bien posée dans cet article : où est le SENS ?
    Tout est sujet pour s'enivrer dans une certaine classe d'âge, mais pourquoi un tel besoin d'alcool ? Quelle fuite, quel refuge, quel drame existentiel se dit dans cette pratique si répandue qu'elle en est banalisée ?
    Peut-être un prochain sujet à explorer dans les rues bisontines...

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